05/09/2026 – energiesdelamer.eu.
Nos abonnés et les lecteurs des lettres quotidienne et hebdomadaire ont pu « déguster » la vidéo publiés le 31 août dernier sur « le renommage » du lac Ontario et l’article sur la protestation du Canada.
Après avoir renommé le Lac Ontario en « lac Amérique », Donald Trump a suggéré mercredi, de rebaptiser le détroit d’Ormuz en « détroit Trump ». En août, il avait déjà décrit cette voie maritime comme un « nouveau territoire américain ».
Donald Trump a donc proposé le mercredi 2 septembre de renommer le détroit d’Ormuz en « détroit Trump », quelques jours après avoir signé un décret pour changer le nom du « lac Ontario », situé à la frontière canadienne, en « lac Amérique ».
La vidéo de cette semaine : Donald Trump signe un décret pour renommer le lac Ontario
Maxime Dhuin, journaliste au Huffpost vient de publier l’interview de deux experts, Frédéric Giraut, titulaire de la Chaire UNESCO en toponymie inclusive « Naming the World » / « Dénommer le monde » à l’Université de Genève et Lauric Henneton, spécialiste des États-Unis et maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines*.
L’article s’intitule « La manie de Donald Trump de vouloir tout renommer est plus lourde de sens qu’il n’y paraît ».
» Quand il n’est pas occupé à déclencher des guerres ou à invectiver des journalistes, Donald Trump a une autre passion : renommer des lieux. Il a ainsi décrété que le lac Ontario deviendrait le » lac d’Amérique « , quelques jours avant de suggérer, le mercredi 2 septembre sur sa plateforme Truth Social, de » rebaptiser le détroit d’Ormuz le « détroit Trump » « , pour célébrer le fait que les États-Unis en auraient « maintenant le contrôle », écrit Maxime Dhuin dans le Huffpost….
La preuve d’une « simple mégalomanie » ?
La première explication est à trouver dans le narcissisme de Donald Trump. « Promouvoir son nom à lui, l’imposer sur un certain nombre de hauts lieux […] c’est souvent analysé comme du culte de la personnalité ou de la mégalomanie et c’est une dimension tout à fait réelle », estime le géographe politique Frédéric Giraut, pour qui il y a « aussi une forme de continuité avec son activité de promoteur immobilier ».
Ce parallèle est aussi fait par Lauric Henneton. « Il ne faut jamais oublier d’où vient Donald Trump géographiquement et professionnellement, pointe-t-il, c’est le petit gars du Queens qui a quelque chose à prouver et c’est un homme du bâtiment, un secteur où certains mettent leur nom sur leurs achats ou leurs constructions. »
« On ne peut pas se contenter d’analyser ces initiatives toponymiques comme une simple mégalomanie spontanée, il y a une stratégie derrière », nuance toutefois Frédéric Giraut. Selon lui, l’objectif de Donald Trump est de « transformer en capital politique le capital marchand et symbolique derrière la marque « Trump » », construite lors de sa carrière en téléréalité et dans l’immobilier.
« Quand le tampon « Trump » est posé sur un haut lieu, c’est une manière de proposer au peuple MAGA d’être associé à sa conquête, à son marquage, à son appropriation », expose le géographe. On peut citer l’exemple du Kennedy Center, perçu par les électeurs trumpistes comme une institution « wokiste », élitiste et déconnectée. La décision de le renommer a surtout servi à « faire hurler les milieux culturels » dans un geste « populiste » pour « ravir les sphères MAGA », abonde Lauric Henneton.
Une démarche « impérialiste » voire « suprémaciste »
Plus qu’une démarche narcissique ou anti-woke, le jeu du président américain avec les noms est profondément impérialiste, quand il s’agit d’imposer un renommage à des pays voisins ou, plus récemment, aux pays du Golfe.
« Nommer s’est s’approprier », affirme Lauric Henneton, rappelant que Donald Trump « n’est ni le premier, ni le dernier » à s’être essayé à l’exercice.
« C’est comme s’il s’agissait de promouvoir l’idée d’une Amérique triomphante qui s’étendrait au-delà de ses frontières pour satisfaire les attentes de l’électorat MAGA », décrypte Frédéric Giraut, qui voit aussi dans les « initiatives toponymiques » de la Maison Blanche « une dimension suprémaciste », où les noms d’origine laissent la place à des appellations occidentales.
« Ormuz », dérivé du persan, laisse la place à « Trump », tandis qu' »Ontario », hérité de l’iroquois, est remplacé par « Amérique », qui vient d’Amerigo Vespucci, l’explorateur italien du continent avant sa colonisation par les Européens. « Pour chaque cas, on va trouver des raisons contextuelles, mais c’est toujours le même processus d’effacement », constate Frédéric Giraut.
Une revendication de « puissance » … qui révèle surtout des faiblesses
Les deux spécialistes contactés par Le HuffPost s’accordent sur un point : ces changements de noms à tout va sont loin de prouver la puissance de Donald Trump. « Les États-Unis interviennent dans le détroit d’Ormuz, mais ils n’en sont même pas bordiers », souligne Frédéric Giraut, pour qui le renommage en « détroit Trump » est « une revendication de puissance qui risque de se heurter à une fin de non-recevoir ».
(1) Frédéric Giraud – Dans le cadre d’une réflexion en géographie politique et en développement sur ce qui fait territoire aujourd’hui dans différents contextes et à différentes échelles, voici les principales hypothèses testées à travers différents travaux de recherche dans le Global South (notion géopolitique regroupant une variété de pays ayant peu de points communs, de grandes puissances comme la Chine ou l’Inde à des pays en grande précarité) et en Europe : . Le concept de territoire peut et doit dépasser des caractéristiques descriptives de type moderne : fixité, continuité, emboîtement ; . La frontière mobile peut et doit être appréhendée par les régimes individualisés de franchissement et d’accès ; . Les défis du développement territorial sont à chercher dans les logiques socio-spatiales contradictoires des projets de territoire simultanés : logique de concession, de participation et de gouvernement local qui renvoient à des approches zonales, sectorielles ou territoriales et aux principes contradictoires d’homogénéité et de complémentarité. . L’analyse des cadres de la production de l’information géographique est de nature à révéler et à donner des clés pour la gestion des logiques contradictoires de projets de territoire. La production des noms géographiques- la néotoponymie- relève de logiques géopolitiques identifiables selon des contextes et des technologies politiques types. Le toponomascape, sa production et son évolution conditionnent et révèlent les rapports à l’espace contradictoires dans une société dynamique.
(2) Lauric Henneton. L’Institut d’études culturelles et internationales (IECI) de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines est le premier institut, en France, entièrement dédié aux métiers de la culture et à la recherche sur les questions culturelles et interculturelles.
Pour lire l’article en entier, le site du Huffpost est ici. Remerciements à Yves Henocque de nous l’avoir signalé.
Et si vous ne l’avez pas encore lue, n’oubliez pas de lire ou de relire, mais dans tous les cas de partager avec vos relations la Tribune de Bernard Kalaora publiée par energiesdelamer.eu jeudi dernier
L’Europe à l’heure des élites techno-financières : qui gouvernera le futur ? par Bernard Kalaora
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