Monde – 24/04/2026 – energiesdelamer.eu. Partie 1.

L’importance du soutien de la demande pour réussir la transition énergétique est l’objectif du premier sommet dont le but est de mettre en œuvre la transition hors des énergies fossiles.

Dans un contexte de forte tension sur l’approvisionnement en pétrole et en gaz s’ouvre aujourd’hui la première conférence mondiale dédiée à la sortie des énergies fossiles à Santa Marta en Colombie.

Fruit d’un constat d’échec des différentes COP climat à fixer une trajectoire claire de sortie des énergies fossiles, cette rencontre, organisée par la Colombie avec les Pays-Bas, rassemblera plus d’une cinquantaine de pays. Sont également conviés dans cet espace de dialogue, des organisations internationales et des acteurs de la société civile.

Seront présents, des producteurs d’hydrocarbures comme le Canada, la Norvège ou le Brésil, mais aussi des puissances européennes – France *, Allemagne, Royaume-Uni – et des États insulaires encore plus directement impactés par le réchauffement climatique, tels que Tuvalu, les îles Fidji ou le Vanuatu.

Seront absents, les États-Unis, les principaux pays producteurs d’hydrocarbures – Russie, Arabie Saoudite, Chine.

Pour  » sortir des énergies fossiles « , il faut stimuler la demande alternative d’électricité décarbonée**, les crises successives (Ukraine, Iran…et bien avant elles les chocs pétroliers des années 70) se chargeant d’agir sur l’offre. Précisons notamment que ce 25 avril entre en vigueur, dans l’Union européenne, l’interdiction d’acheter du GNL russe dans le cadre de contrats à court terme conclus avant le 17 juin 2025 (pour les contrats à long terme, cette interdiction s’appliquera à partir du 1er janvier 2027), les sanctions européennes ayant surtout concerné le pétrole russe.

Les appels à l’électrification massive des usages se multiplient.

La présidente de la Commission européenne a annoncé un grand plan d’électrification à l’échelle de l’UE pour le 19 mai prochain, rappelant que depuis le début du conflit il y a 44 jours, la facture liée à nos importations de combustibles fossiles a augmenté de plus de 22 milliards d’euros. Le gouvernement français souhaite multiplier par deux d’ici à 2030 le soutien à l’électrification, qui passera de 5,5 milliards d’euros à 10 milliards d’euros par an. La PPE 3 vise d’autre part un objectif allant jusqu’à 27 % d’augmentation de la production d’électricité d’ici 2035, pour répondre à cette nouvelle demande.

Soutenir la demande d’électricité décarbonée dans les logements, les transports, mais aussi dans l’industrie, en engageant les usines à électrifier leurs procédés (fours, chaleur, logistique). Deux tiers des émissions de l’industrie sont liés à la production de chaleur, et 80% des usages thermiques industriels sont techniquement électrifiables d’ici 2035, dans tous les sous-secteurs industriels : pompes à chaleur hautes températures (PAC HT) couplées ou non à de la compression mécanique de vapeur (CMV), principalement dans la chimie, l’agroalimentaire et le papier, et au-dessus de 150°C,  chaudières électriques pour les besoins de vapeur ou d’eau chaude, et fours électriques (résistances, induction, arc électrique) pour des niveaux de température jusqu’à 3 000° (1).

Soulignons qu’un amendement (n°DN162) à l’actualisation de la loi de programmation militaire présenté le 17 avril 2026 visant à soutenir l’électrification dans les forces armées a été rejeté. Il soutenait que  » dans un contexte de conflictualité accrue, la dépendance aux approvisionnements énergétiques, en particulier fossiles, constitue un facteur de vulnérabilité majeur pour les forces armées, tant en opérations extérieures que sur le territoire national. La maîtrise de l’énergie devient ainsi une fonction opérationnelle à part entière. Le développement d’une politique énergétique intégrée, fondée notamment sur l’électrification progressive des infrastructures et de certains usages, associée à des capacités de production et de stockage, permet de renforcer l’autonomie des forces, de sécuriser leur engagement dans la durée, notamment les engagements de haute intensité, et d’améliorer leur résilience face aux perturbations des approvisionnements. En intégrant cette politique à l’ensemble des programmes, le présent amendement vise à inscrire durablement la question énergétique au cœur de la transformation des armées et à en faire un levier structurant de la modernisation des armées  » (2).

Les avantages tactiques et opérationnels des nouvelles technologies bas-carbone pour le secteur de la défense ont déjà été soulignés à maintes reprises, bien que leur contribution à une meilleure préparation des armées aux conflits de haute intensité demeure pour l’heure assez modeste  :  » discrétion acoustique (permettant une approche furtive), capacité de veille statique silencieuse (grâce à l’arrêt du moteur thermique et une bascule sur l’alimentation électrique), signature infrarouge réduite par une discrétion thermique renforcée, meilleure résilience du fait de la présence d’une propulsion hybride donc redondante (thermique/électrique), résistance améliorée aux impacts par diminution ou disparition du risque d’explosion de produits fossiles(pétrole/gaz), voire nouvelle source de puissance permettant le franchissement d’obstacle terrestre, etc « .

En dehors de ces quelques avantages tactico-opérationnels, la raison majeure de cette transition écologique du secteur de la défense réside dans une moindre dépendance énergétique à l’énergie fossile, « alors que celle-ci constitue aujourd’hui un talon d’Achille opérationnel de nos armées ». Le développement des biocarburants, de la propulsion hybride, de l’énergie solaire et éolienne ou la géothermie (pour les infrastructures notamment) devrait permettre une plus grande diversification des sources d’énergie des armées, contribuant ainsi au renforcement de la sécurité énergétique et de la résilience de nos forces (3).

(1) https://www.ey.com/content/dam/ey-unified-site/ey-com/fr-fr/insights/energyresources/documents/ey-decarbonation-de-lindustrie-decembre-2025.pdf

(2) https://www.assemblee nationale.fr/dyn/17/amendements/2630/CION_DEF/DN162  , voir aussi https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/cion_def/l15b4145_rapport-information.pdf

(3) J.P. Rondeau, « Stratégie énergétique nationale et préparation des armées aux conflits de haute intensité » Les Cahiers de la Revue Défense Nationale 2022/HS3 N° Hors-série | pages 430 à 444; voir aussi https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion_def/l17b1162_rapport-information.pdf

 

Ndlr * La ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut ne pourra pas se rendre à cette première conférence internationale qui se tient du 24 au 29 avril. La France y sera représentée Benoît Faraco, ancien conseiller à l’Elysée, nommé ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique, pour les énergies décarbonées et la prévention des risques climatiques, depuis le 14 juin 2025. En effet, Monique Barbut, accueille ses homologues du G7 qui se tient du 24 au 27 avril, ainsi que des représentants d’autres partenaires, avant une réunion du G7 consacrée à l’environnement, pour discuter de la biodiversité, des océans et de la désertification.

** Le Premier ministre a dévoilé une première partie de son « plan électrification » le 10 avril dernier. Il en a présenté la suite hier au Conseil des ministres. Celui-ci affiche au total 22 mesures.

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POINTS DE REPÈRE

Séverine Michalak est docteure en droit sur la thématique des énergies marines renouvelables. Elle collabore en tant qu’experte avec divers organismes et institutions, avec l’équipe du site Energies de la mer et la société Mer Veille Energie. Séverine Michalak enseigne dans des écoles de commerce, des instituts supérieurs d’enseignement et l’université Côte d’Azur et intervient régulièrement dans des conférences. Elle participera le 23 juin 2026 à la journée thématique « Loi Littoral 40 ans après » à La Garde (Toulon) organisée par le Centre national de la fonction publique territoriale.

La saga des énergies fossiles : du charbon au pétrole par Séverine Michalak, juriste – partie 2

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