Monde – 24/04/2026 – energiesdelamer.eu. Partie 2.
Le secteur de la défense a bien souvent joué un rôle moteur dans les différentes phases de transition énergétique, notamment celle ayant permis au pétrole de détrôner le charbon dans le mix énergétique.
Un des facteurs majeurs de l’augmentation de la demande de pétrole au début du XXème siècle fut la décision de W. Churchill en 1912, alors Premier Lord de l’Amirauté, de remplacer la propulsion au charbon par celle au pétrole dans la Royal Navy, afin d’augmenter la vitesse de propulsion des navires (4).
Un changement d’usage énergétique qui va changer la face du monde. S’ensuit alors l’instauration d’une politique à long-terme de contrôle de gisements pétrolifères. En effet, l’Angleterre, qui dispose de la première flotte du monde, est alors richement dotée en charbon (5) mais pas en pétrole, contrairement aux États-Unis à la même époque où le premier puits de pétrole a été découvert en 1859 par le colonel Edwin Drake, et l’industrie pétrolière développée ensuite par Rockefeller.
Ironie du sort, c’est un Britannique, William Knox d’Arcy qui mène dès 1900 les premières recherches sur l’or noir en Perse (actuelle Iran) et obtient du Shah de Perse une concession de 60 ans pour l’exploration du pétrole sur les 3/4 de son territoire. Après 7 ans de recherches vaines, c’est enfin le 26 mai 1908 que le pétrole jaillit pour la première fois du sol iranien, à Masdjed-e Soleyman, dans la province du Khuzestan, située dans le sud-ouest du pays, près de l’Irak actuel.
Cette découverte va changer le cours de l’histoire de l’Iran et du Moyen-Orient. En 1909, la concession d’Arcy devient l’Anglo-Persian Oil Compagny (APOC), dont le gouvernement britannique devient actionnaire majoritaire (51 %) en 1912 en échange d’un investissement de 2,2 millions de livres dans le capital. Son objectif est double : signer avec l’Amirauté un contrat d’approvisionnement de la flotte en pétrole, et obtenir du gouvernement britannique qu’il prenne une participation dans le capital de l’entreprise, pour éloigner la compagnie Shell (devenue hollandaise). Puis l’APOC devient l’Anglo-Iranian Oil Compagny (AIOC) en 1935, lorsque la Perse devient l’Iran puis la British Petroleum Compagny (BP) en 1955.
Des négociations à l’époque de Reza Shah aboutissent à un nouvel accord pour 50 ans en 1933, qui entraîne une réduction de 80 % de la superficie totale accordée par la concession de 1901 et une renégociation des redevances, qui seront désormais basées sur les volumes réels plutôt que sur les bénéfices, ce qui entraîne une importante augmentation des revenus pétroliers du pays entre 1930 et 1950. Mais l’entreprise britannique continue de dominer le secteur pétrolier iranien jusqu’après la Seconde Guerre mondiale.
Et, bien que l’Iran nationalise l’industrie pétrolière en 1951 sous l’influence du Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh (avec la création de la NIOC (National Iranian Oil Company), c’est seulement dans les années 1970 qu’il récupérera la mainmise complète sur ce secteur. Le gouvernement britannique conteste alors juridiquement la nationalisation, propose un arbitrage international, que l’Iran refuse, et se tourne ensuite vers la Cour internationale de justice (CIJ), qui se déclare finalement incompétente, puisque la concession de 1933 n’était pas un Traité entre États (Iran/RU), mais un contrat entre un État (Iran) et une société privée (dont le RU est certes actionnaire) (6).
Perdante sur le terrain juridique, le Royaume-Uni prend alors des mesures économiques fortes : embargo sur le pétrole iranien, diversification de sa production de pétrole au Moyen-Orient (Koweit notamment mais pas en Arabie saoudite, où c’est le président Roosevelt qui conclut alors le Pacte de Quincy en 1945 avec le roi Ibn Saoud pour l’exploitation du pétrole arabe).
Ainsi, réintroduire le pétrole iranien dans le circuit exige alors à l’époque un nouvel aménagement de la production mondiale, et donc une entente entre toutes les sociétés pétrolières, qui s’associent dans un Consortium pour organiser la remise sur le marché du pétrole iranien. Par un Accord du 5 Août 1954, l’industrie pétrolière reste la propriété de la NIOC, la distribution de 40% étant assurée par l’Anglo Iranian (BP) et 60% par un consortium international, comprenant également cinq compagnies américaines, la Royal Dutch Shell et la Compagnie Française des Pétroles (l’ancienne Total).
L’Iran détient actuellement les 3èmes plus grandes réserves de pétrole au monde (après le Venezuela et l’Arabie saoudite), avec 28 Gt, soit 11 % des réserves mondiales prouvées de pétrole brut et 16 % des réserves de l’OPEP (à fin 2023). La plupart des champs sont situés à terre, dans le bassin du Khuzestan (au sud-ouest de l’Iran), tandis que les réserves offshore sont principalement situées dans le golfe Persique. Sa faible place dans le classement des producteurs et exportateurs tient aux nombreuses sanctions ayant pesé sur le régime.
L’histoire n’est qu’un éternel recommencement, et bien que l’actualité – de la guerre en Ukraine aux conflits au Moyen-Orient – nous rappelle combien le monde reste dépendant du pétrole, une analyse des données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) réalisée par Ember montre que 79 % de la population mondiale vit dans des pays importateurs de pétrole.
En 2023, 62 pays importaient 99 % ou plus de leur pétrole, et 89 pays en importaient plus de 80 %, dont l’Espagne (99 %), le Japon (99 %), l’Allemagne (96 %), la Turquie (92 %) et l’Inde (87 %). Les importateurs nets ont dépensé 1 700 milliards de dollars pour leurs achats d’énergie fossile en 2024. Pour chaque augmentation de 10 dollars par baril du prix du pétrole, ces coûts s’élèvent d’environ 160 milliards de dollars par an. Pour chaque augmentation d’un dollar par million d’unités thermiques britanniques (MMBtu) du prix du GNL, les coûts nets mondiaux d’importation augmentent d’environ 20 milliards de dollars par an.
Et quoi qu’en disent les opposants à la transition énergétique, notamment que » les technologies électriques ne font que remplacer une dépendance par une autre : après le pétrole saoudien, place aux panneaux solaires chinois (…) c’est confondre la location et la propriété. Une fois installés, les panneaux solaires produisent de l’électricité pendant trente ans, sans coût de combustible, sans risque de hausse de prix ni de rupture d’approvisionnement. Un véhicule électrique, une fois acheté, fonctionne à l’électricité domestique, qui peut provenir en grande partie de l’éolien et du solaire locaux. Les combustibles fossiles, en revanche, nécessitent des importations continues. Chaque baril, chaque cargaison, chaque flux dans les pipelines doit se répéter indéfiniment » (7).
Avec un baril de pétrole à 80 dollars, la Chine économise ainsi plus de 28 milliards de dollars par an grâce à son parc actuel de véhicules électriques, l’Europe environ 8 milliards de dollars et l’Inde 600 millions de dollars. L’éolien et le solaire vont encore plus loin. Parmi les pays importateurs nets de charbon et de gaz en 2024, la réduction de la facture d’importation se chiffre en dizaines de milliards : environ 60 milliards de dollars pour la Chine, 9 milliards pour l’Allemagne et le Brésil, et entre 5 et 7 milliards pour l’Espagne, le Royaume-Uni et le Japon (7).
4 – Précisons toutefois que la marine russe équipa dès 1887 certains destroyers de chauffage au mazout, donc avant la Royal Navy, qui n’y passa qu’en 1910, mais non sur ses cuirassés. Ce n’est qu’en 1912 que fut prise la décision de lancer la construction de la classe de super-cuirassés Queen Elisabeth, munis de vingt-quatre chaudières alimentées au fioul.
5 – Précisons que cette décision précéda de peu le pic de production charbonnier anglais atteint en 1913 avec 287 millions de tonnes.
6 – https://www.icj-cij.org/fr/affaire/16
7 – https://legrandcontinent.eu/fr/2026/04/19/la-crise-ormuz-accelere-la-transition-energetique/
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POINTS DE REPÈRE
L’importance du soutien de la demande pour réussir la transition énergétique : enjeux actuels et perspective historique de mettre en œuvre la transition hors des énergies fossiles.
Vers une sortie des énergies fossiles ? Un premier sommet dédié à Santa Marta – partie 1
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