France – Japon – Mardi 06/10/2020 – energiesdelamer.eu – Partie 3 – La recherche sur la pêche et le milieu. Décryptage  par Yves Henocque, Plan Bleu et Fondation de France, pour energiesdelamer.eu partenaire média du Salon du littoral

Retour sur la présentation de Vincent Laudet, chercheur détaché par le CNRS station marine de Banyuls en région Occitanie au Okinawa Institute of Science and Technology – OIST.

Un pont «recherche» entre le Japon et la France

Cette troisième intervention de la tble ronde Japon, avait trait aux recherches menées à l’Institut des Sciences et Technologies d’Okinawa (Okinawa Institute of Science and Technology – OIST). La présentation faite par Vincent Laudet, chercheur détaché du CNRS (station marine de Banyuls en région Occitanie). Il s’agit d’une université pluridisciplinaire de classe internationale où la langue utilisée est l’anglais, offrant un cursus de 5 ans menant à l’obtention d’un doctorat ès-sciences (PhD). L’OIST est organisé en 79 unités de recherche, 453 chercheurs y collaborent, et 192 étudiants à 85% venant d’autres pays y sont accueillis.

En 2019, l’Index des institutions scientifiques de la revue internationale ‘Nature’ classait l’OIST N°1 au Japon, et au 9ème rang dans le monde pour la qualité scientifique de ses recherches et de son enseignement. L’OIST a été conçu pour créer un environnement favorable à l’interdisciplinarité (pas de divisions physiques du campus, pas de structure en départements), et innovant en matière de soutien à la recherche, aussi bien en termes scientifiques (mise en commun des équipements, non appropriation des espaces de travail, partage des données) qu’en termes administratifs (attribution des subventions, promotion des collaborations et co-publications, santé et sécurité).

Dans le domaine des sciences marines, on compte 8 unités de recherche : Complexité biologique ; Neuro-éthologie ; Evolution, biologie cellulaire, et Symbiose ; Neurobiologie et Evolution ; Changement climatique ; Biophysique ; Eco-Evo-Développement ; Génomique). Ces unités mènent de nombreux projets dont celui sur l’énergie des vagues, et…. deux autres dont Vincent Laudet est responsable : les mécanismes de symbiose entre le poisson-clown et son anémone protectrice, et les effets génomiques des vagues de chaleur sur les poissons des récifs coralliens. Dans ces recherches, les larves de poisson, largement inconnues dans le domaine des sciences marines, sont au centre des études en matière de compréhension des mécanismes d’adaptation de la larve à son environnement, compréhension des conditions et de la coordination hormonale dans le déclenchement de la métamorphose, et enfin compréhension du comment la métamorphose contrôle la ‘qualité’ des juvéniles. Les liens que Vincent Laudet a gardé avec son laboratoire d’origine (Arago à Banyuls) lui permettent, avec d’autres collègues, de prolonger ses recherches en France, dans la rade de Banyuls, sur l’utilisation des larves de poisson pour la surveillance des travaux de construction sous-marines (projet de construction d’un troisième quai dans le port de Banyuls). Vincent Laudet, ancien directeur de la station marine de Banyuls-sur-Mer, reste méditerranéen et nous le montre avec son dernier livre: « Ulysse en Méditerranée ».  Mais il se sent bien à Okinawa car, là-bas, comme à l’OIST, les chemises très cool ‘Kariyushi’ tiennent officiellement lieu de cravates !

 

Satoyama et Satoumi sont des concepts japonais qui correspondent à une longue tradition de gestion des ressources dans ce rapport homme-nature spécifique au pays, particulièrement imprégné de la vision bouddhiste/shintoïste du monde. Il suffit de citer les paroles d’un moine shinto pour comprendre ce qui caractérise cette vision : « Dans la croyance Shinto, la nature est aux dieux et à l’homme ce que Dieu est à la nature et à l’homme dans les religions occidentales ». En effet, montagne profonde ou petite île éloignée peuvent personnifier une déité shinto, un kami. En confiant le divin au secret de la montagne et de la mer, la conception de la profondeur de l’espace souligne l’importance des lieux reculés ou cachés, contrairement aux monothéismes qui placent temple, église, synagogue ou mosquée au cœur de la ville. Elle organise non seulement les espaces religieux mais aussi la trame des villages ou des villes, ainsi que l’esthétique paysagère et spatiale. Du sommet part un axe spatio-religieux vers la plaine des hommes. Le dieu (kami) qui incarne la montagne, l’emprunte au printemps, à l’aller, et à l’automne, au retour. Les étapes de ce « voyage », célébrées par de nombreuses fêtes, organisent une trilogie de lieux sacrés et profanes : la montagne (source des eaux), le piémont (débouché des eaux) et la plaine (rizières). Le village ou la ville se situent en bas. Bien sûr, la hiérarchie de ces lieux se modifie à mesure que l’économie se développe et que les mentalités évoluent. Ainsi, le sanctuaire considéré comme premier, glisse peu à peu de la montagne vers le cœur de la plaine[1]. 
 

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POINTS DE REPÈRE

Partie 1 : Salon du Littoral : Plein feu sur la biodiversité et l’éolien flottant – Regards sur l’expérience japonaise

Partie 2 : Plein feu sur le port à énergie verte «Hibiki» et l’éolien flottant

[1] P. Pelletier. 2008. Atlas du Japon. Une société face à la post-modernité. Ed. Autrement.

La suite, le 7 octobre 2020 : Plein feu sur le prochain débat public « éolien flottant » en Méditerranée qui sera organisé par la Commission particulière du débat public pour la Méditerranée, présidée par Sylvie Denis-Dintilhac et dont les grandes lignes ont été présentées lors du Salon du Littoral.

 

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