Belgique – 08/03/2022 – energiesdelamer.eu. Entrée chez Tractebel en 2006, Tine Boon y a successivement occupé différents postes, tous dans les énergies renouvelables. Après des projets nationaux et internationaux dans l’énergie renouvelable onshore, elle a été impliquée comme experte et chef de projet dans plusieurs projets d’éolien en mer, notamment pour Engie dans le cadre du premier appel d’offres français, pour Mermaid en Belgique ou encore dans le cadre du premier appel d’offres néerlandais (Borssele).

Depuis 2015, elle occupe différentes fonctions de team manager, qui lui valent aujourd’hui de prendre la responsabilité de l’ensemble de l’équipe renouvelable et des projets en cours. A ce titre, Elle aura en charge l’élaboration de la stratégie et du positionnement de Tractebel dans ce domaine. Une partie importante de sa mission concerne les énergies renouvelables offshore, non seulement l’éolien offshore posé, mais également les nouvelles technologies telles que l’hydrogène offshore, le solaire flottant et l’éolien flottant.

Energies de la mer – Qu’est-ce qui vous a amenée à faire carrière dans l’énergie ?

Tine Boon – Elevée dans une famille d’ingénieurs, j’ai toujours été intéressée par les débats autour de l’énergie, et j’aspirais à me faire ma propre opinion sur le sujet. Après des études comportant pas mal de mathématiques, j’ai hésité avec des métiers moins technologiques, mais par la suite, portée par les encouragements de mon environnement, j’ai finalement choisi l’ingénierie. Avec option « énergie », car c’est là que se concentraient les enjeux du durable qui m’intéressaient. Et c’’est pour continuer de les explorer que je suis entrée en 2006 chez Tractebel. Pour quiconque s’intéresse à l’énergie, le foisonnement d’expertises au sein du bureau d’études de l’opérateur historique, Electrabel, est un atout extraordinaire.

Après quelques mois dans le secteur des centrales à charbon, j’ai vite basculé vers les énergies renouvelables.

A l’époque, un esprit d’entrepreneuriat dominait ce monde des EnR. Les personnes qui y travaillaient étaient réellement motivées par la volonté de changer le monde. Et c’était un secteur en pleine expansion, offrant de multiples opportunités de prendre des responsabilités.

Quelles ont été les étapes marquantes de votre carrière en tant que femme ?

Je n’ai pas l’impression d’avoir eu une carrière très différente de celle qu’aurait pu avoir un homme. Mais, j’ai toujours osé dire « oui » lorsque les occasions se sont présentées. De caractère « leader » plutôt que « manager » je n’ai pas hésité  à prendre des responsabilités quand ma responsable de l’époque est partie en congé maternité pour quelques mois. En acceptant des responsabilités, on se donne confiance à soi-même tout en prouvant aux autres qu’on est capable de les assumer. Or c’est peut-être un comportement que les hommes adoptent plus naturellement que les femmes. En revanche, très attirée par les systèmes complexes tels que le solaire à concentration, j’aurais dû m’expatrier dans des pays du sud de l’Europe pour continuer à travailler sur ces énergies, ce que je n’ai pas souhaité. D’où ma ré-orientation vers les énergies marines, tout aussi complexes ! Et en pleine émergence en mer du Nord et en mer Baltique.

Diriez-vous que certaines qualités managériales sont typiquement féminines ?

Je pense qu’on a tendance à nommer à des positions importantes des personnes exclusivement dédiées à leur vie professionnelle, que ce soit des hommes ou des femmes. En revanche, Il y a une grande différence de perception entre une femme et une mère. En général, c’est quand vous devenez mère que, à la fois dans votre vie professionnelle, mais aussi dans votre vie privée, on commence à vous expliquer que certaines choses ne seront pas possibles. Pour ma part, je pense au contraire être devenue plus performante professionnellement en devenant mère, car le fait d’avoir d’autres perspectives, d’autres contacts, permet de mieux appréhender le monde dans sa complexité. En tant que femme et mère, il faut d’abord se respecter soi-même sans essayer de coller à l’image qu’on attend peut-être de vous. Il faut être consciente de ses compétences mais aussi de ses limites. Et, par exemple, ne pas être disponible 24h/24 et 7 j/7, mais s’organiser et fixer ses priorités.

Comment avez-vous identifié l’évolution du solaire flottant ?

C’est l’interprétation des tendances du marché qui m’a amenée à l’idée du solaire flottant en mer, et du projet MPVAQUA (Marine floating PV*). Après quatre ans de recherche, l’idée ne semble plus si folle et nous sommes quasiment assurés de trouver les technologies adéquates. Quant aux coûts de cette technologie, étant donné la rapidité avec laquelle ceux du photovoltaïque diminuent ces dernières années, je n’ai aucune inquiétude sur leur évolution. La seule incertitude qui nous reste à lever, c’est l’impact sur l’environnement. Ce sujet fera du reste bientôt l’objet d’une étude scientifique.

Quelle est la situation des femmes dans l’énergie ?

Il reste encore du chemin à parcourir pour qu’elles soient vraiment acceptées dans ce monde. Bien sûr, certaines sont parvenues à des postes de responsabilité, mais à presque toutes on a, à un moment donné, tenté de les en dissuader, voire de les aiguiller vers d’autre métiers

Alors qu’il y a quelques années j’étais dans une équipe quasiment mixte, au dernier salon Wind Europe de décembre 2021 j’ai été étonnée de la grande proportion d’hommes présents. Le monde de l’éolien en mer est particulier. Largement issu du secteur oil & gaz, il embarque la population, plutôt masculine, qui y domine de longue date. La bonne nouvelle c’est que ces entreprises ont compris l’intérêt du renouvelable. L’éolien en mer, en particulier, progresse rapidement et partout dans le monde, puisqu’une centaine de pays s’y intéresse maintenant. Chaque année, les prévisions du GWEC sont corrigées à la hausse. Mais il semble que nous avons perdu en diversité, et même dans l’approche inventive qui caractérisait les renouvelables à leurs débuts.

Aujourd’hui, les gouvernements et les industriels ont compris que le monde est en danger et on observe une vraie volonté d’agir. Mais on entend beaucoup dire qu’on fait « tout ce que l’on peut ». Alors que l’on devrait faire « ce qu’il faut ». Puisqu’on ne sait pas ce qui sera possible ou non dans trois ans, il faut conserver la vision la plus ouverte possible. Et l’ouverture, c’est ce qui distingue les équipes caractérisées par une certaine diversité, notamment entre hommes et femmes, mais pas seulement.

© David Plas – Tractebel

POINTS DE REPÈRE

Proposée par energiesdelamer.eu en partenariat avec et , la série «Femmes Dans le Vent» vous convie à découvrir les parcours de femmes au sein de la filière de l’énergie.


Ne copiez pas l’article, copiez le lien, vous protégez ainsi les droits d’auteur de notre équipe rédactionnelle. Retrouvez les informations sur EOPSA, partenaire de la série « Femmes Dans le Vent » dans le BUSINESS DIRECTORY


Publicités Google :