30/06/2026 – energiesdelamer.eu.

Une tribune de Bernard Kalaora qui alimente le débat et remet en perspective le livre de Guillaume Calafat « La mer jalousée » publié en 2019 chez Seuil.

D’où vient le terme gouvernance ? comment construit-il un nouvel espace politique ? … La tribune de Bernard Kalaora, sociologue, réouvre le débat à l’heure où les politiques contemporaines de « gouvernance des mers » reposent souvent sur une représentation implicite de l’espace marin comme espace disponible : disponible pour les infrastructures énergétiques (éolien off-shore), pour les zones économiques exclusives, pour les corridors logistiques, pour les dispositifs sécuritaires, pour les aires marines protégées ou encore pour les nouvelles formes d’économie bleue. Tout se passe comme si l’on pouvait projeter sur la mer des découpages techniques indépendants de l’épaisseur historique des territoires liquides « …. La mer jalousée a marqué l’histoire de la mer mais également l’histoire du droit et de la construction de la notion de souveraineté.

 » La mer jalousée  » :  oublier l’histoire par Bernard Kalaora

Dans Une mer jalousée, Guillaume Calafat (1) rappelle une évidence que notre époque technocratique tend à oublier : la mer n’est pas un vide. Elle n’est ni une étendue neutre sur laquelle les États pourraient tracer librement leurs frontières, ni une surface abstraite destinée à accueillir des dispositifs rationnels de gestion, d’exploitation ou de protection. La Méditerranée, plus encore que tout autre espace maritime, constitue un territoire historique dense, saturé de conflits, de mémoires juridiques, d’usages accumulés et de souverainetés concurrentes.

 

Cette idée paraît pourtant difficile à entendre aujourd’hui. Les politiques contemporaines de « gouvernance des mers » reposent souvent sur une représentation implicite de l’espace marin comme espace disponible : disponible pour les infrastructures énergétiques (éolien off-shore), pour les zones économiques exclusives, pour les corridors logistiques, pour les dispositifs sécuritaires, pour les aires marines protégées ou encore pour les nouvelles formes d’économie bleue. Tout se passe comme si l’on pouvait projeter sur la mer des découpages techniques indépendants de l’épaisseur historique des territoires liquides.

La gouvernance ou la transformation gestionnaire des mers

Le terme même de « gouvernance » mérite d’ailleurs d’être interrogé. Son succès n’est pas neutre. Apparue progressivement dans les années 1980 et 1990 dans les milieux de la Banque mondiale, des grandes organisations internationales, des institutions européennes et du management public, la notion accompagne une transformation profonde de l’action politique. Il ne s’agit plus prioritairement de gouverner au sens classique du terme, c’est-à-dire décider souverainement à partir d’un centre politique identifiable mais d’organiser des coordinations entre acteurs multiples : États, collectivités, experts, entreprises privées, ONG, organisations internationales, opérateurs techniques.

La gouvernance correspond ainsi à un déplacement historique du politique vers la gestion.

Elle traduit l’idée que les grands problèmes contemporains, climat, biodiversité, énergie, migrations, océans, ne pourraient plus être traités par les seuls États-nations mais nécessiteraient des dispositifs souples de négociation, de partenariat et d’expertise. Le vocabulaire qui l’accompagne est révélateur : réseaux, parties prenantes, gestion intégrée, adaptabilité, résilience, concertation, optimisation.

La suite est réservée aux abonné(e)s.

Pour lire la suite de cet article abonnez-vous. Vous êtes déjà abonnés? connectez-vous.

POINTS DE REPÈRE

(1) Guillaume Calafat est maître de conférences en histoire moderne, Associate Professor in Early Modern history – Membre Junior de l’Institut Universitaire de France (2022-2027). Ses recherches portent sur la régulation du commerce et de la navigation en Méditerranée à l’époque moderne. Depuis 2024, il dirige la rédaction de la revue « Annales. Histoire, Sciences Sociales ». Institut d’Histoire Moderne et Contemporaine Il est également membre du comité de rédaction de la revue Clio@Themis (2021-) et membre du conseil scientifique d’Estudis. Revista de Historia moderna (2024-).

 

Barnard Kalaora a publié le 16 juin 2026

« Cassano propose une critique précoce de l’illimitation contemporaine » par Bernard Kalaora

Abonnez-vous aux articles complets, publiés dans les newsletters, ou inscrivez-vous gratuitement au Fil info de l’agence de presse d’energiesdelamer.eu.

Avec l’abonnement (nominatif et individuel) l’accès est illimité à tous les articles publiés.
Abonnements : Aziliz Le Grand – Mer Veille Energie

Suivez-nous sur les réseaux sociaux Linkedin et Facebook

Le Répertoire est le carnet d’adresses partagé des membres soutiens d’energiesdelamer.eu. Les adhésions des membres permettent l’accès gratuit aux articles publiés sur leurs activités par energiesdelamer.eu. Véritable outil de veille et de documentation, la database comprend 12 162 articles d’actualité qui ont été indexés quotidiennement, depuis août 2007.

 


Ne copiez pas l’article, copiez le lien, vous protégez ainsi les droits d’auteur de notre équipe rédactionnelle.


Publicités Google :