05/06/2026 – energiesdelamer.eu.
Fruit d’un demi-siècle de suivis scientifiques, ce premier Baromètre de l’avifaune publié par la LPO dresse un tableau contrasté, révélateur de l’existence de deux France ornithologiques : d’un côté, un déclin massif et préoccupant des espèces communes, victime de pressions diffuses ; de l’autre, des succès de conservation pour certaines espèces emblématiques.
Ce bilan démontre ainsi l’efficacité des mesures prises lorsque l’ambition est au rendez-vous, et invite à renforcer nos efforts pour réduire les pressions systémiques qui persistent.
La LPO publie aujourd’hui son premier Baromètre de l’Avifaune, qui évalue l’état de conservation et les tendances des populations d’oiseaux en France hexagonale. Fondé sur plus de 50 ans de suivis, combinant expertise scientifique et sciences participatives, ce bilan inédit brosse le portrait le plus complet jamais réalisé de l’avifaune française.
Plus d’espèces, mais moins d’oiseaux : un marqueur des changements environnementaux
En cinquante ans, la France a perdu 4 espèces nicheuses et en a gagné 45. À première vue, le solde semble positif, mais la moitié de ces nouvelles venues sont des espèces introduites comme la Bernache du Canada ou encore la perruche à collier.
Le véritable indicateur n’est donc pas le nombre d’espèces mais le nombre d’individus. Et là, le signal est sans équivoque : −18,2 % d’oiseaux communs en 25 ans. Les passereaux (hirondelles, mésanges, alouettes) qui représentent la moitié des 314 espèces nicheuses en France et 90 % du nombre total d’individus poursuivent leur chute !
Les causes sont connues : usage massif de pesticides de synthèse, simplification des paysages, artificialisation des espaces naturels et agricoles… En cinquante ans, nous avons perdu près d’un oiseau commun sur cinq. Ceci n’est pas une statistique abstraite : c’est le silence qui s’installe dans nos campagnes, dans nos jardins, au-dessus de nos villes.
La protection fonctionne… quand elle est effective
Ce Baromètre démontre aussi que la protection de la nature produit des résultats mesurables quand elle est sérieuse et durable.
En 1974, il ne restait que 11 couples de cigognes blanches en France. Grâce à des actions ciblées (réintroductions, plateformes de nidification, sécurisation des lignes électriques, protection des zones humides), la France en compte près de 6 000 aujourd’hui.
Au bord de l’extinction dans les années 1970, les rapaces ont eux aussi bénéficié des avancées réglementaires initiées par la loi de protection de la nature du 10 juillet 1976. Le Faucon pèlerin a recolonisé la quasi-totalité du territoire.
La grande leçon du Baromètre, c’est que l’on sait faire de la conservation ciblée. Ce qu’on n’a pas encore su ou voulu faire, c’est enrayer le déclin de fond, conséquence directe de pressions diffuses et systémiques.
L’urgence politique : sécuriser les acquis, accélérer la transition
La Loi de 1976, dont on fête les 50 ans cette année, et tous les autres textes de protection de la nature qui ont suivi, ont rendu possible ces succès. Ils démontrent que les politiques de protection ont un effet réel et mesurable.
Aujourd’hui, la LPO alerte sur des remises en cause préoccupantes du cadre juridique qui a permis ces succès : reculs sur les objectifs de transition écologique, affaiblissement du statut d’espèces protégées, tentatives de réintroduction de pesticides interdits…
La loi d’urgence agricole, adoptée par l’Assemblée nationale le 2 juin dernier, s’apprête à faciliter la destruction définitive des zones humides, à libéraliser les tirs sur le loup – y compris dans des réserves naturelles et des parcs nationaux -, des dispositions aux antipodes des engagements de la France pour la protection de la nature. Sous couvert de simplification, on démantèle progressivement ce qui a mis cinquante ans à se construire.
Reculer sur ces acquis, c’est revenir sur des décennies d’efforts, alors qu’il faut aller plus loin !
La LPO appelle à remettre la biodiversité à l’agenda politique et la science au cœur du débat. Elle sera pleinement mobilisée dans le cadre des prochaines élections présidentielles pour des propositions à la hauteur des enjeux.
Allain Bougrain Dubourg, président de la LPO : « Les oiseaux ne mentent pas. Quand ils disparaissent, c’est l’écosystème tout entier qui se dégrade. Ce premier Baromètre est une photographie précise de l’état de l’avifaune française et un appel à agir. Revenir sur des décennies d’efforts, alors même qu’il faut aller plus loin, c’est prendre le risque d’accélérer les destructions, avec les répercussions que nous connaissons pour notre environnement et pour notre santé. »
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