18/06/2026 – energiesdelamer.eu.

Même au sein des Aires Marines Protégées, la pression humaine est visible !

Après 28 jours en mer et plus de 10 sites scientifiques explorés le long des côtes italiennes, le MODX 70 Ganany est de retour.

Une mission hors du commun, menée aux côtés de la Fondation Race for Water présidée par Marco Siméoni, et du GIS Posidonie et déjà, de nouveaux horizons se profilent.

Le projet « Posidonia Connect » s’inscrit dans la continuité d’une première mission menée en 2025. Cette campagne avait permis d’explorer treize sites le long du littoral méditerranéen français et de retrouver quinze anciennes balises scientifiques installées parfois depuis plus de trente ans. L’objectif était de reprendre le suivi de zones étudiées depuis les années 1980 afin de mesurer l’évolution des herbiers dans le temps. « Il y a très peu d’études scientifiques qui ont ce temps de recul. », souligne Patrick Astruch (1). « Notre constat, qui est assez généralisé sur la majorité des sites, c’est une régression. », explique l’ingénieur de recherche au GIS Posidonie. « Sur 30 à 40 ans, on observe un recul de cette limite inférieure de l’herbier. »

La nouvelle mission doit désormais permettre d’aller plus loin avec une coopération scientifique méditerranéenne. « Il y a besoin de collaborer entre les pays européens, au niveau des scientifiques, au niveau des gestionnaires d’Aires marines protégées », rappelle Camille Rollin, coordinatrice de Race for Water.

Sous l’eau, la Posidonia Oceanica forme de vastes herbiers parfois surnommés les « forêts » de la Méditerranée. Cette plante marine à fleurs, endémique du bassin méditerranéen, joue un rôle clé dans l’écosystème marin : elle produit de l’oxygène, abrite des centaines d’espèces, stabilise les fonds marins et ralentit l’érosion des plages. Elle agit aussi comme un important puits de carbone capable de stocker durablement du CO2 dans les sédiments marins.

« Elle a le pouvoir de pousser sous l’eau, de capter le carbone, de produire de l’oxygène, d’abriter le vivant, la biodiversité. Elle joue un rôle de nurserie« , avait rappelé, Hervé Menchon, adjoint au maire de Marseille délégué à l’environnement et à la biodiversité, lors du départ de l’expédition du Vieux port.

Posidonia connect : la mission Italia est terminée

Du 5 au 28 mai, le MODX 70 Ganany, le tout premier bateau (100% sans énergie fossile), a navigué le long des côtes italiennes dans le cadre de l’expédition scientifique Posidonia Connect, menée par la Fondation Race for Water et le GIS Posidonie. L’objectif : construire un standard de surveillance commun pour les herbiers de Posidonie à l’échelle méditerranéenne.

10 sites explorés de la Sardaigne septentrionale au Golfe de Naples. 4 chercheurs. Jusqu’à 4 plongées par jour. Leur méthode : le protocole EBQI, un indicateur holistique qui évalue l’état de santé non seulement de la plante, mais de l’écosystème associé dans son ensemble : invertébrés, poissons, oiseaux. Testé en France, validé en eaux italiennes pour la première fois.

Un constat : même au sein des Aires Marines Protégées, la pression humaine est visible. Là où la réglementation est absente ou trop récente, l’impact du mouillage et du trafic de visiteurs est parfois spectaculaire. Des données précieuses, qui doivent désormais nourrir des politiques de gestion à grande échelle.

Ces observations soulignent l’urgence de généraliser des mesures de gestion adaptées comme le développement de zones de mouillages écologiques (ZMEL), couplées à une surveillance renforcée et à une sensibilisation active des plaisanciers et des professionnels du secteur nautique. Sur la base d’une cartographie précise des herbiers de posidonie, un outil tel que l’application française DONIA pourrait être diffusé auprès des plaisanciers.

Au-delà du terrain, la mission a également ouvert le pont du navire Ganany à plus de 190 étudiants, et 150 scientifiques, autorités locales et décideurs à Marseille, Ischia, Naples et Toulon, prouvant qu’une expédition scientifique peut aussi être une plateforme de dialogue.

Le MODX 70 Ganany en action

Laboratoire flottant entre deux plongées, plateforme de dialogue dans les ports, le MODX 70 Ganany a navigué tout au long de la mission sans énergie fossile, propulsé par l’énergie solaire, l’hydrogénération et ses ailes Aeroforce® automatisées. La solution Aeroforce inspirée des principes aéronautiques est le fruit de la mise en commun de plusieurs technologies et innovations d’horizons différents.

La technologie d’enveloppe gonflable permet d’obtenir le profil NACA recherché tout en assurant la rétractabilité. Le mat rétractable est en carbone, télescopique et motorisé. Il est conçu pour se déployer automatiquement en même temps que l’aile gonflable. Le système Aeroforce gère l’ensemble des opérations de hissage, d’affalage et de prise de ris ainsi que le contrôle en navigation de l’orientation de l’aile et du volet.

Lors de la traversée de nuit d’Olbia à Ischia, avec 25 à 30 nœuds de travers et les deux ailes entièrement déployées, le MODX 70 a enregistré une vitesse de pointe de 23 nœuds en surfant les houles tyrrhéniennes sans une goutte d’énergie fossile.

Posidonia Connect : la suite

Cette mission en Italie n’est qu’une première étape. Le projet Posidonia Connect ambitionne de couvrir une grande partie du bassin méditerranéen : îles Baléares, mer d’Alboran, Adriatique, mer Ionienne, mer Égée, bassin levantin d’ici 2030.

Cette ambition nécessite de nouveaux financements. La Fondation Race for Water appelle les acteurs publics et privés à soutenir ces futures missions et à transformer les observations de terrain en solutions de gestion à grande échelle.

Focus sur le navire vélique MODX 70, lauréat du Concours d’innovation France 2030 (2023-2024) Zéro émission de C02

La société Aéroforce, implantée à Lorient (Morbihan), fait partie des acteurs nommés. Ce concepteur de systèmes de propulsion vélique pour les bateaux de plaisance s’est distingué dans le volet I-NOV.  Un financement de plus de 2 millions d’euros du Plan France 2030 a été obtenu pour soutenir le projet (baptisé WOC), qui vise la décarbonation du transport maritime. Il s’agit d’un gréement innovant adapté à la propulsion par le vent des navires de marine marchande : ailes gonflables, étanches, rétractables et automatisées.

Le système permettra de réduire de 90 % les émissions de gaz à effet de serre d’un navire neuf. Il aidera aussi à diminuer de 10 % les émissions d’un modèle rétrofit (soit une économie de 2 000 tonnes de carbone par an pour un navire de transport de marchandises solides en vrac).

Sur le cahier des charges exigeant d’Océan Développement, société dirigée notamment par Franck David, déjà à l’origine des MOD70 en 2008, VPLP Design a conçu le MODX 70catamaran de croisière doté de deux ailes gonflables auto-régulées et d’une motorisation entièrement électrique. Mathias Maurios, architecte naval associé au sein de l’agence, et le chef de projet Stéphane Dérobert, ont décrypté ses lignes disruptives d’un catamaran élu multiyacht de l’année 2025 à l’occasion des Multihull of the Year Awards décernés lors du récent International Multihull Show de La Grande-Motte. Propulser un grand navire sans énergie fossile avec un rayon d’action illimité tout en simplifiant au maximum son maniement, voilà brossée en quelques mots toute la modernité du MODX 70.

 

La vidéo de présentation du projet Posidonia Connect monté par la Fondation Race For Water et le GIS POSIDONIE à bord de l’incroyable catamaran zéro émission ModX 70 !

 

Le GIS Posidonie est un Groupement d’Intérêt Scientifique créé en 1982 à l’initiative du ministère de l’Environnement français et du pars national de Port-Cros sous le statut d’association loi 1901.

Sous convention avec l’Université d’Aix Marseille, son siège et son équipe permanente sont hébergés dans les locaux mis à disposition du MIO par l’Institut Pythéas et il a pour objet principal la recherche appliquée sur le milieu marin.

Voir la brochure de Posidonia Connect : https://heyzine.com/flip-book/70551d08d4.html#page/1

 

(1) Patrick Astruch, ingénieur de recherche depuis presque 20 ans au GIS Posidonie, a soutenu sa thèse le 16 mars 2026 intitulée : « Une approche écosystémique pour évaluer les habitats méditerranéens dans un contexte de changement global : un outil pour la gestion de l’environnement »

(2) Camille Rollin, est également membre fondateur du collectif LittOceanes, Initiatives et Territoires, et était intervenue lors des Océanes Atlantique 2025.

 

Sources : Fondation Race For Water, Génération Mer, Océanes Atlantique, Aéroforce.

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