France – Jeudi 20/05/2021 – energiesdelamer.eu. Demain, vendredi, se tient à La Rochelle, le deuxième rendez-vous annuel d’ »Esprit de Velox » sur le thème « Recherche et Innovation responsables ». La notion de responsabilité, depuis de nombreuses années dans les sphères de la société, est également devenue un enjeu pour le monde marin et maritime. Que signifie « responsable » pour un philosophe, un physicien, un océanographe, un biologiste, un artiste, un ingénieur, une jeune étudiante ?…  Quelles sont les perspectives pour celles et ceux qui la portent et leur place dans le débat public ? 

Interviendront successivement après une introduction de Françoise Gaill, Présidente du Cercle d’Esprit de Velox, Directrice de recherche Emérite CNRS, Sébastien Dutreuil, Philosophe et historien des sciences, Directeur adjoint Centre Gilles Gaston Granger CNRS, Jean-François Bourillet, Directeur adjoint – Département Ressources physiques et Ecosystemes de fond de Mer – IFREMER, Laurent Champaney, Sciences de l’ingénieur, Directeur Général de l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Métiers Sciences et Technologies, Nicolas Floc’h, Artiste, Enseignant à l’Ecole Européenne Supérieure d’Arts de Bretagne, François Frey, Fondateur d’Esprit de Vélox, avec la participation de Chloé Le Cam représentant des étudiants en double Master Sorbonne et Sciences Po Paris Sciences et Politiques de l’Environnement Sciences de l’océan, de l’Atmosphère et du Climat ».

Avec son aimable autorisation, energiesdelamer.eu diffuse des extraits de l’article publié sur le site de France 3 Nouvelle Aquitaine par Yann Salaun, journaliste chez France Télévisions, qui a interviewé François Frey, Françoise Gaill, Jean-François Bourillet et Laurent Champaney :

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

D’aucuns se rappelleront pour l’occasion de la première partie de la citation de l’auteur de Gargantua : « la sagesse ne peut pas entrer dans un esprit méchant ». Nul doute que l’officier de marine François Frey n’en manquait pas de sagesse quand il a lancé, en 2014, son projet « Esprit de Velox ». Celle des anciens d’abord qui, en 1875, construisaient la goélette Velox, un fameux deux mats sans propulsion moteur, une révolution architecturale pour l’époque. Celle, aujourd’hui, des ingénieurs de sa génération qui sont persuadés de l’urgence climatique.

« Qu’est-ce que je fais dans un monde idéal pour que les choses bougent ? »

C’est la question initiale qui tarabustait l’esprit intranquille de François Frey après plusieurs années à plancher sur des programmes européens de RSE et des industriels dans leur R&D. Une novlangue qui tentait en vain d’apprivoiser les injonctions environnementales….

Les scientifiques, le monde industriel et la recherche au sens large ont le même problème avec les institutionnels étatiques. Le politique a besoin d’être élu et fonctionne sur un cycle très court et n’ose pas prendre de risque. On l’a bien vu avec la dernière convention citoyenne pour le climat ».

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Jean-François Bourillet, ingénieur géologue chez l’Ifremer. Dans la feuille de route de l’institut, il y a notamment une mission d’information des puissances publiques.

« J’appelle ça le lien entre connaissance et gouvernance », explique-t-il. En exemple, il cite les recherches qui sont actuellement effectuées dans les grands fonds du Pacifique sur les nodules polymétalliques, des concrétions rocheuses riches en minerais qui équipent, entre autres, nos téléphones portables. « L’industrie en a besoin et il y a une forte pression économique », explique le chercheur.

Mais voilà, s’intéresser à ce biotope n’est pas anodin. « On est dans des phases d’exploration qui vont forcément perturber les écosystèmes. L’industrie extractive est forcément polluante, il ne faut pas se leurrer. La question, c’est donc est-ce qu’on se désengage ou on continue à étudier ce milieu ? On pense nous qu’il faut continuer à travailler là-dessus avec des critères très strictes de durabilité de l’exploitation de la ressource. Les entreprises, ce ne sont pas toutes des entreprises « voyou », elles respectent les règles que les politiques leur  donnent. Notre rôle de scientifiques, c’est donc d’apporter aux décideurs de bonnes informations qui font consensus. Le meilleur exemple, c’est les travaux qui ont été fait par les instituts de recherche sur la surpêche en Europe, qui ne se limitaient pas aux simples constats de stocks halieutiques et qui ont fonctionné ». (Ndlr. Lire ou relire le dossier et les interviews publiés par energiesdelamer.eu sur les grands fonds marins, dans le cadre de la publication de la stratégie française et du rapport de Jean-Louis Levet, présenté au CIMER de janvier 2022 par Denis Robin, Secrétaire général à la Mer).

Le chercheur, garde fou du capitalisme et garant de lendemains qui chantent ?

On voit d’ici les commentaires des internautes. Mais y-a-t-il d’autres choix pour ceux qui essayent de comprendre la complexité de ce monde ? En septembre 2019, Laurent Champaney, directeur général de l’École nationale supérieure d’Arts et Métiers, était un des 80 dirigeants d’établissements, où plus de 7500 signataires d’une tribune publiée dans le Journal du Dimanche adressée à l’Etat, pour qu’il « initie une stratégie de transition de l’enseignement supérieur positionnant le climat comme l’urgence première ». Tout un programme. « L’enseignement a pour mission d’inventer le monde de demain et pour ça il faut faire de la recherche », résume-t-il.

De fait, beaucoup de jeunes Gad’Zarts (étudiants de l’ENSAM)  commencent à remettre en cause certaines injonctions qui les condamneraient à travailler pour des entreprises incontournables mais pas irréprochables. « On a des étudiants qui sont très sensibles à ces questions, ils sont militants et ils ont déjà changé leurs modes de vie à titre personnel », confirme Laurent Champaney, « quand on leur parle de mobilité internationale, par exemple, ils nous disent qu’ils ne veulent plus prendre l’avion ou refusent des stages dans certaines entreprises qui ont un bilan carbone catastrophique. Des positions un peu à la serpe, alors que souvent ces entreprises ont des plans pour réduire leurs impacts et ont besoin de ces jeunes pour les mettre en action. Notre message, c’est que vous devez vous emparer de ces problématiques scientifiques et vous devez transformer ces entreprises en les faisant progresser dans ces domaines ».

De fait, le vieux schéma qui prédominait depuis l’après-guerre qui voulait que la recherche soit synonyme d’innovation, donc de progrès, donc d’emplois et donc de paix sociale a un peu volé en éclat. L’urgence climatique, toujours elle, et l’interdépendance économique mondiale (sans parler des excès de la finance) ont mis les scientifiques devant de nouvelles responsabilités. Beaucoup ressentent aujourd’hui le besoin de signer un nouveau pacte de confiance avec les citoyens, vulgariser leurs savoirs et sortir de cet entre-soi mortifère qui les cantonnait au seul objectif de publier leurs travaux dans des revues qu’eux seuls pouvaient lire.

« On ne peut plus faire comme si la science était autonome et hors contexte » Françoise Gaill, participe, entre autres, aux travaux des Nations Unies sur l’état des lieux des océans. « La recherche responsable, ce n’est pas une attitude, c’est un mouvement », explique-t-elle, « la vitesse du changement n’a rien à voir avec ce qu’on a connu il y a vingt ans et, notamment avec les réseaux sociaux, la responsabilité est accrue. Mais les jeunes sont en avance par rapport aux institutions qui traînent un peu des pieds. L’intérêt d’ « Esprit de Velox », c’est justement de donner le goût de l’innovation responsable et de voir le monde avec un regard nouveau ». La conférence « recherche et innovation responsables » est programmée vendredi à 18.00 au Musée Maritime de La Rochelle. Les débats seront animés par Brigitte Bornemann, fondatrice du site de presse energiesdelamer.eu. Yann Salaun – France 3 Nouvelle-Aquitaine 

Enfin, Sébastien Dutreuil, Philosophe et historien des sciences et Nicolas Floc’h, Artiste et photographe, conçoit un nouveau ROV avec l’Ifremer pour photographier les fonds marins. Véritables chefs de file d’une nouvelle réflexion sur l’histoire des sciences et de la représentation artistique, ils interviendront sur leur domaine respectif en complète évolution, si ce n’est révolution.

Renseignements et inscriptions : annem@espritdevelox.org. L’événement sera également retransmis en direct sur internet. Un rendez-vous scientifique, citoyen… et responsable préparé par François Frey et Anne Michon, médiatrice scientifique.

Suivre en direct sur YouTube Vous avez des questions à poser aux intervenants ?

Adressez-les sur redaction@energiesdelamer.eu avant le 21 mai 14h. Merci.

POINTS DE REPÈRE

Un futur navire de Recherche

Esprit de Vélox, est un projet porté par François Frey afin de développer un navire de Recherche d’une cinquantaine de mètres à grande capacité opérationnelle, zéro émission carbone, embarquant une quarantaine de personnes en autonomie sur des cycles de 100 jours. Il entend ainsi poser les bases d’une génération de navires devenus stations océaniques en capacité d’explorer et de permettre la recherche et l’innovation à grande échelle, sous toutes les latitudes et sur toutes les mers, sans impact environnemental.

Sébastien Dutreuil 

Auteur d’une thèse soutenue le 02-12-2016, à Paris 1 , dans le cadre de École doctorale Philosophie (Paris) , en partenariat avec Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques (Paris) (équipe de recherche), « Gaïa : hypothèse, programme de recherche pour le système terre, ou philosophie de la nature ? » est une enquête d’histoire et de philosophie des sciences sur l’hypothèse Gaïa (HG) proposée par Lovelock et Margulis dans les années 1970. L’examen historique de l’élaboration d’HG et de sa très riche réception dans diverses disciplines scientifiques (climatologie, biogéochimie, géochimie, biologie de l’évolution, écologie et sciences de la complexité) et au sein des mouvements environnementalistes nous conduit à montrer qu’une ambiguïté majeure sur le statut d’HG grève la littérature : qu’est-ce qu’HG ?

Nicolas Floc’h

Depuis hier, 19 mai, en partenariat avec Passerelle, Centre d’art contemporain (Brest), Nicolas Floc’h, artiste associé, présente au Chateau de Kerjean à Saint-Vougay dans le Finistère, un ensemble de 17 photographies de la série « La couleur de l’eau, Colonne d’eau CO2→02 », spécialement créées pour « En Terre inconnue? Le monde au 15e siècle ». Dans notre société moderne, où l’homme a pu explorer la surface terrestre, et même poser le pied sur la Lune, l’oeuvre de Nicolas Floc’h montre un monde qui nous reste encore bien peu connu, celui des océans.

Entre septembre 2020 et janvier 2021, Nicolas Floc’h avait présenté au FRAC de Marseille, une exposition-recherche, liée à la représentation des milieux, leur exploitation et leur transformation, qu’ils soient terrestres ou marins, atmosphériques ou polaires. Les interactions entre les écosystèmes, depuis la « machine océan », permettent d’aborder les questions d’habitat, de paysages, de biodiversité, de climat, de productivité, et s’articulent autour de notions simples : habiter, se nourrir, échanger. Le travail À partir de l’exploration des différentes façades maritimes du littoral français, dans leur partie immergée. Il révèle les paysages et les met en perspective de manière globale dans différents projets. Initium Maris (2018-2021) permet d’approcher les paysages sous-marins et leur transformation à l’ouest entre Saint-Malo et Saint-Nazaire ainsi qu’au Japon.

Cette conférence servira de base de réflexion pour préparer la manifestation de La Baule « Planète terre – Mer » qui se tiendra les 21 et 22 mars 2022

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