France – Lundi 11/01/2021 – energiesdelamer.eu. Partie 1 –  La loi de programmation pluriannuelle de la recherche pour les années 2021 à 2030 vient d’entrer en vigueur. L’occasion de faire un point avec Jacques Verron, Directeur de Recherche CNRS émérite, spécialiste de la modélisation numérique de l’océan, de l’assimilation de données et des observations spatiales, principalement altimétriques, responsable scientifique de la mission spatiale franco-indienne SARAL/AlltiKa. Jacques Verron a fondé en 2017 et préside Ocean Next, une SAS privée dédiée à la recherche fondamentale et appliquée.

ITW publiée le vendredi 08/01/2021

Pour quelles raisons avez-vous créé une société privée pour faire de la recherche fondamentale ?

Jacques Verron – JV. Ocean Next a été créé en relation étroite avec l’équipe de recherche en océanographie de l’Institut des Géosciences de l’Environnement (IGE) à Grenoble pour répondre à différents besoins.

Le premier et plus évident est de contribuer à la création d’emploi pour des jeunes scientifiques compétents et motivés qui ne trouvent pas de postes dans la recherche académique compte-tenu des faibles potentialités actuelles de recrutement. Notons cependant, que des moyens financiers existent aux niveaux français et européen pour financer les recherches que ces jeunes scientifiques sont à même de mener.

Un second besoin correspond aux modalités actuelles des avancées de la connaissance, celui de l’intercompétence et du travail collectif pour répondre avec efficacité à des questions de recherche. La recherche fondamentale dans le domaine des sciences de la planète nécessite un panel de compétences et d’outils complémentaires et bien intégrés pour pouvoir les aborder. Par exemple de nombreux projets de recherche actuels nécessitent une expertise dans la discipline concernée, mais aussi en observations in situ et spatiales, en modélisation numérique, en assimilation de données, en calcul numérique de haut niveau, en informatique, en management de données, etc… L’enjeu pour une entreprise comme Ocean Next qui travaille avec les équipes de recherche au sein des laboratoires publics est de compléter au mieux ces besoins de compétences nécessaires pour mener à bien des projets de recherche ambitieux et apporter aussi parfois une souplesse qui fait parfois défaut aux acteurs institutionnels.

Une troisième catégorie de besoins auquel il faut répondre est tout simplement de contribuer encore plus aux avancées de la connaissance, d’ouvrir de nouvelles voies de recherche fondamentales et appliquées et donc de mobiliser toutes les énergies possibles (privées, publiques) dans ces directions.

Ocean Next emploie aujourd’hui 9 salariés. Quels sont vos principaux clients ?

JV – Aujourd’hui, les salariés d’Ocean Next sont implantés à Grenoble, Toulouse et Toulon. Nous travaillons principalement en océanographie et en hydrologie, à la fois dans les dimensions numériques (modélisation haute résolution et assimilation de données) et spatiale (de la donnée brute à la donnée « utilisable »), sur le management des données (d’observations ou issus de simulations numériques), et sur les outils de l’Intelligence Artificielle.

Nos clients sont les programmes européens de recherche (tel que H2020), les agences spatiales française et européenne, les centres d’océanographie opérationnelle, des instituts de recherche publiques et universités de Grenoble, Toulon ou l’IMT basé à Brest et des entreprises.

Mardi prochain 12 janvier 2021, vous donnez une conférence entre 11h et 13h sur le rythme des océans*. Quels sont les apports des sciences humaines dans vos travaux de recherche fondamentale ?

JV –  Ce n’est pas facile de répondre à une telle question et je réagis par rapport à mon expérience récente d’ateliers interdisciplinaires sous la houlette de la MSH (Maison des Sciences de l’Homme) de Grenoble. Mardi prochain lors d’une de ces conférences je sortirai de ma zone de confort habituelle, c’est à dire du confort (relatif) d’une conférence en anglais avec beaucoup d’équations et dans un langage très formaté. Et j’essaierai d’aller vers ce que m’inspire l’océanographie et les rythmes de l’océan par rapport à nous les êtres humains, à nos fonctionnements sociaux, à nos peurs d’un monde incertain. C’est une expérience enrichissante pour un chercheur de sciences dites « dures » comme moi.

De quelle manière se positionne Ocean Next à l’heure où les laboratoires au sein des structures publiques et privées au niveau français et européen sont réorganisés ?

 JV – Si vous pensez à la nouvelle loi sur la recherche qui vient d’être promulguée et qui est entrée en vigueur, il me semble qu’une entreprise comme Ocean Next a clairement sa place dans un continuum incluant la recherche académique, les organismes institutionnels nationaux et internationaux, diverses entreprises privées et avec des applications de toutes natures sachant que le monde d’aujourd’hui a un évident besoin de développer des connaissances en lien plus étroit avec les demandes sociétales (aménagements, prévention des risques, impacts des changements climatiques, protection de l’environnement, etc.).

La start-up Ocean Next se trouve-t-elle en concurrence avec les structures de recherche publiques ? 

JV – Je ne pense pas qu’il y ait concurrence mais plutôt complémentarité. Avec la loi Pacte (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation des Entreprises) promulguée le 22 mai 2019 par exemple, des opportunités d’ouverture vers le privé sont offertes pour les organismes de recherche publics. Les universités sont de plus en plus nombreuses à permettre à des acteurs privés d’être présents dans leurs locaux. De grandes institutions telles que le CNES, travaillent déjà en interaction étroite avec de multiples acteurs du privé et du public. Et les salariés d’Ocean Next travaillent au sein des laboratoires en relation directe avec les chercheurs et vivent donc au quotidien un tel partenariat.

Si on regarde dans d’autres pays que la France on s’aperçoit que des structures comme la nôtre existent depuis longtemps chez certains d’entre eux et contribuent de manière très positive à l’écosystème nécessaire à un bon épanouissement de la recherche dans toutes ses dimensions.

Propos recueillis par Brigitte Bornemann

POINTS DE REPÈRE

08/01/2021 – Partie 2 – Recherches fondamentales sur l’océanographie et l’hydrologie : Retombées pour les EMr – ITW de Jacques Verron.

24/12/2020 – LOI n° 2020-1674 du 24 décembre 2020 de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030 et portant diverses dispositions relatives à la recherche et à l’enseignement supérieur ICI : 30 décembre 2020

22/12/2020 – Le Conseil constitutionnel valide la loi de programmation pluriannuelle de la recherche pour les années 2021 à 2030 ICI

22/05/2019 Loi n°2019-486 pour la croissance et la transformation des entreprises, dite loi PACTE, a été adoptée le 11 avril 2019, puis promulguée le 22 mai 2019 et publié au Journal Officiel le 23 mai 2019 ICI

L’Institut des Géosciences de l’Environnement IGE – En sciences de l’Univers, l’IGE a la responsabilité de trois Services Nationaux d’Observation (SNO) de l’INSU et/ou de l’IRD (AMMA-CATCH, GLACIOCLIM et OHMCV) et participe au SNO CLAP. Il

Le site de presse energiesdelamer.eu, a publié plus de 30 articles sur les communications scientifiques et les thèses soutenues ou en cours en 2020. Le trimestriel MerVeille Energie #2 a publié en février 2020 un numéro dédié à la recherche avec le soutien de l’Ifremer, l’IFPEN dans le cadre du GP5 de l’ANCRE, «Energies marines, un océan de recherche(s) : une industrie et des chercheurs en action » ICI.

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Les rythmes de l’océan avec Jacques Verron

 


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