France – Vendredi 30/11/2019 – energiesdelamer.eu. Le Président Emmanuel Macron a tout dit dans son discours du 27 novembre de présentation de la fameuse programmation pluriannuelle de l’énergie. Il suffit de rapprocher les deux phrases suivantes de son discours, citées in-extenso :

« Ce qui marquera en profondeur l’évolution de notre mix électrique, comme on l’appelle, dans les années à venir, ce sera évidemment l’essor des énergies renouvelables. »

« Mais parce que nous sommes soucieux des dépenses publiques, nous concentrons nos efforts sur le développement des énergies renouvelables les plus compétitives et parce que nous veillons au pouvoir d’achat des Français nous serons exigeants avec les professionnels sur la baisse des coûts. »

 

Le choix fait par le gouvernement de privilégier l’existant revenait de fait à rendre les énergies marines hors champ de cette PPE à l’horizon 2018.

Le 28 novembre, l’intervention de François de Rugy aux Assises de l’économie de la mer, à Brest n’a fait que confirmer cette mauvaise impression, déclenchant l’ire des acteurs du secteurs, des régions côtières aux fabricants, aux opérateurs, et évidemment aux industries portuaires (cf. articles parus dans les lettres quotidiennes energiesdelamer.eu des 27 et 28 novembre).

 

En résumé, la proposition du gouvernement revient en 2028 à disposer de 4,7 GW à 5,2 GW en offshore, posé et flottant, en 2028, soit moins que ce qui était installé en 2017 au Royaume-Uni (6,8 GW) ou en Allemagne (5,4 GW). Deux pays qui bénéficient certes du fabuleux plateau de la mer du Nord, mais aussi d’une politique largement en faveur de ces énergies.

 

Face à cela, et au-delà des appels d’offres déjà en cours, encore qu’il n’est pas vraiment clair si Dunkerque apparaît dans ce schéma ou pas, le ministre de la Transition écologique et solidaire a annoncé 2,5 à 3 GW d’éolien offshore posé et 1 GW d’éolien offshore flottant, avec des appels d’offres les uns après les autres, précisant que ce calendrier débutera en 2020 avec 1 GW posé en Manche, puis 250 MW flottant en Bretagne Sud en 2021 et une capacité équivalente en Méditerranée en 2022. Et ainsi de suite… avec quelque 500 MW en appels d’offres jusqu’en 2028…

Or, dès 2020, la capacité supplémentaire installée au Royaume-Uni devrait atteindre les 3,3 GW, et 2,3 GW en Allemagne. Ce dernier pays a d’ailleurs inscrit dans sa législation 700 MW offshore par an entre 2023 et 2025, puis 840 MW par an sur 2026-2030. Sans oublier que le seul opérateur danois Orsted vise les 15 GW installés en Europe à lui tout seul…

 

Ainsi, en prenant les scénarios les plus bas de l’association professionnelle du secteur européen, WindEurope, le Royaume-Uni atteindrait les 18 GW installés en 2030, l’Allemagne, 14 GW, les Pays-Bas 4,5 GW, mais 11,5 GW, dans un scénario dit « central »…

 

Un scénario rendu public en début d’année 2018, qui misait, faut-il le rappeler sur 7 GW installés en France à cette date ! Autant dire qu’au rythme de la PPE, ce n’est pas gagné !

 

 

Les autres énergies marines sacrifiées

Et ne parlons pas des autres énergies marines, comme l’hydrolien et l’énergie des vagues avec le houlomteur. A se demander comment les fabricants français ont une chance de s’en sortir… Mais bien sûr, en allant voir ailleurs en Europe, et donc en créant ailleurs de l’emploi ! et c’est ce qu’ils font ou vont faire !

A se demander également comment l’un des tous premiers fabricants européens, voire mondial, SIMEC Atlantis entend réussir à monter son projet avec la Région normande, au Raz Blanchard.

 

Et puisqu’il s’agit aussi d’emplois, les ports qui misaient sur une reconversion grâce aux énergies renouvelables ont du souci à se faire. Pourquoi les fabricants iraient-ils s’installer en France alors que les ports allemands, belges et britanniques sont déjà largement reconvertis et bénéficient d’infrastructures en place, avec des capacités suffisantes pour la goutte d’eau française dans le flot éolien offshore. Et ce sera la double peine, puisque comme le souligne la FNME-CGT, la fin des centrales charbon et fioul, mais aussi donc des importations vont faire disparaître un certain nombre d’emplois.

 

Pas étonnant que six présidents de conseils régionaux de façades mer, se retrouvent à signer un appel avec les présidents de France énergie éolienne (FEE) du Syndicat des énergies renouvelables (SER) et du Cluster maritime… Et pas étonnant non plus que les réactions fusent…