OSLO – (Norvège) – 09/10/2009 – 3B Conseils – C’est le 7 octobre 2009 que la compagnie d’électricité norvégienne Statkraft a fait savoir sur son site (ICI) que la toute première centrale osmotique au monde serait inaugurée officiellement le 24 novembre prochain par son Altesse Royale la princesse Mette-Marit de Norvège. J’ai parlé de cette centrale osmotique sur ce blog pour la première fois le 10 octobre 2007 (ICI) au moment de son entrée en construction et j’écrivais alors que le prototype-pilote devrait voir le jour fin 2008. Il y a donc près d’un an de retard par rapport au calendrier prévu, ce qui, sur un projet de cette ampleur et une telle innovation, n’est pas grand-chose. Statkraft qui mène des recherches sur l’énergie osmotique depuis 1997 est fier aujourd’hui de voir enfin se concrétiser ce projet tout à fait novateur, même si la compagnie norvégienne prend la précaution oratoire d’annoncer qu’il s’agit là d’un prototype dont les capacités de production sont limitées et dont la finalité est l’essai en vue de développements futurs (selon le PDF en ligne du constructeur une centrale commerciale pourrait être opérationnelle d’ici 2015). Car le but de Statkraft est d’être capable dans les années à venir de construire des centrales d’énergie osmotique partout où cela est possible, c’est-à-dire partout où des fleuves (eau douce) se mélange à l’eau de mer (eau salée donc).

Je rappelle que le principe de l’énergie osmotique est de tirer de l’énergie de la pression exercée par le passage du flux d’un liquide concentré vers un liquide moins concentré à travers une membrane semi-perméable. Le liquide concentré c’est l’eau salée, l’eau de mer. Le moins concentré, c’est l’eau douce, celle des fleuves. Les deux eaux sont séparées par une membrane et c’est la pression exercée sur la membrane qui permet de produire de l’électricité. Historiquement c’est dans les années 70 que l’ingénieur chimiste Sidney Loeb de l’Université Ben-Gourion du Negev développe la technologie des membranes destinées à la désalinisation de l’eau de mer et découvre accessoirement la possibilité de générer une énergie à partir de l’osmose inverse. Dans les années 80 Torleif Holt et Thor Thorsen travaillent pour SINTEF Petroleum Research sur le potentiel théorique de l’osmose à produire une énergie. Les deux chercheurs devront attendre 1995 pour obtenir un financement destiné à leur permettre de poursuivre leurs recherches. De nombreuses publications scientifiques s’en suivront qui inclineront, en 1997, Statkraft à prendre contact avec les deux chercheurs en vue de collaborer sur un projet précis : la production d’énergie électrique à partir de l’énergie osmotique. En 2001 la recherche sur l’énergie osmotique reçoit la reconnaissance de l’Union Européenne, l’année même où est lancée la première étude d’impact environnemental de la technologie. En 2003, Statkraft obtient sa première licence d’exploitation d’énergie osmotique et ouvre une unité de tests expérimentaux à Sunndalsøra. En 2008, Statkraft commence la construction du premier prototype à Tofte sur la commune d’Hurum au sud-ouest d’Oslo (un lieu différent de celui annoncé en 2007 sans doute pour des raisons de protection de secret industriel). Aujourd’hui Statkraft s’apprête à inaugurer officiellement cette centrale de Tofte.
Le potentiel technique de l’énergie osmotique est évalué par Statkraft dans le monde entre « 1600 et 1700 TWh par an ». Pour la seule Norvège, Statkraft prévoit de produire « 12 TWh par an équivalent à 10% de la consommation totale du pays » (chiffres Statkraft). L’un des avantages de cette technologie est de permettre de produire, on l’aura compris, en même temps que de l’électricité de l’eau désalinisée, ce qui dans certaines régions de la planète peut s’avérer un complément précieux, voire même vital. Statkraft aime à rappeler que cette technologie ne produit aucun bruit ni aucune émission polluante et qu’elle peut facilement s’intégrer dans des tissus industriels déjà existants comme des sous-sols de bâtiments industriels.
L’usine prototype, qui sera non seulement inaugurée mais surtout soutenue tout au long de son développement par la Princesse Mette-Marit de Norvège comme symbole de la Norvège du 21e siècle, est le fruit d’une collaboration entre des organismes de recherche et de développement de divers pays (non précisés). Statkraft, dont la communication exemplaire à mes yeux (et oui le ciel est toujours plus beau ailleurs!) parvient à mêler transparence et discrétion, ne souhaite pas divulguer la capacité de production (réduite pour l’heure) de son usine pilote, pas plus que les détails financiers de l’opération.
Je rappelle que Statkraft est par ailleurs engagé dans la production et le développement d’énergie hydraulique, d’énergie éolienne, d’énergie des courants et des vagues et d’énergie solaire. Pour 2008 Statkraft a annoncé un chiffre d’affaires de 3,1 milliards € . A l’heure actuelle le groupe emploie 3200 personnes dans plus de 20 pays.

Article : Francis ROUSSEAU

Docs. Sites liés. Photos : 1. Centrale osmotique de Tofte © Stakraft 2. Schéma de la technologie d’extraction d’électricité par osmose inverse © Stakraft. 3 SAR Princesse Mette-Marit de Norvège ©© Jo Michael / The Royal Court

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