France – 11/07/2022 – energiesdelamer.eu. Cette franco-allemande, qui a effectué l’essentiel de sa carrière chez Nordex, est depuis décembre 2021 à la tête de la fédération France énergie éolienne (FEE), où elle entend œuvrer à l’élaboration d’une vraie politique française de la transition énergétique.

Après un début de carrière à l’ONU, vous avez voulu faire une incursion dans le privé et 20 ans plus tard, vous êtes toujours chez Nordex…

Anne-Catherine de Tourtier -.

Une mère diplomate, une enfance passée en partie en Chine et en Inde, un bac à Bruxelles et des études à Sciences-Po suivies d’un MBA aux Etats-Unis…tout cela me destinait en effet plutôt au monde des organisations internationales. J’ai d’ailleurs passé deux ans à l’ONU en début de carrière. Je ne voulais faire qu’une incursion temporaire dans le privé, mais la vie est bien faite, puisque des rencontres m’ont donné l’opportunité de travailler dans l’éolien. Or, ce secteur s’est avéré être un monde très attachant, un piège où je suis ravie d’être restée depuis 20 ans. Alors que mon projet d’origine était de quitter la France, pourtant, même en occupant des postes à dimension internationale chez Nordex, j’ai finalement toujours été basée à Paris.

Comment percevez-vous la situation des femmes selon les pays que vous avez connus ?

Les situations varient beaucoup. En Inde, une femme peut être Premier Ministre, mais la situation de la femme dans la société en général est compliquée. A l’inverse de la France, en Allemagne une femme doit souvent choisir entre vie professionnelle et personnelle. En général, celles qui veulent faire carrière hésitent à avoir des enfants. Alors que pour ma part, je suis persuadée qu’être mère a contribué à mon épanouissement, m’a permis de gagner en recul, maturité et sérénité. Au final, ma société a bénéficié du fait que je sois aussi une mère.

Comment avez-vous vécu votre évolution professionnelle en tant que femme ?

J’étais enceinte lorsque l’on m’a proposé un poste de direction générale, on ne peut donc pas dire que j’ai été discriminée. C’est par conviction que j’ai choisi la filière éolienne. Ensuite, Nordex m’a toujours offert des opportunités, j’ai pu développer des projets et des activités et j’ai eu la chance de pouvoir faire bouger les choses. Encore aujourd’hui, je suis la seule femme dans le top management de l’entreprise. J’aime avoir des responsabilités, prendre les choses en main, construire avec mes équipes…

Vous n’êtes pas ingénieure de formation, c’est plutôt rare à la tête d’une entreprise de l’énergie…

J’ai occupé plusieurs postes au sein de l’entreprise, du commercial au développement de projets. Aujourd’hui, je suis responsable de l’ensemble de la région « méditerranée ». Mais on est aussi capable d’apprendre et de s’entourer de profils complémentaires. C’est le principe même d’une équipe. De ce point de vue, j’ai plutôt une approche anglo-saxonne. Là-bas, vous pouvez suivre des études d’archéologie et vous retrouver banquière. Quoi qu’il en soit, hommes et femmes confondus, je considère que les non-ingénieurs ont toutes leurs places dans les énergies renouvelables.

Diriez-vous qu’il existe un style de management spécifiquement féminin ?

Si on généralise, on peut sans doute dire que nous avons une façon différente de faire, je pense nous sommes plus intuitives. Individuellement, nous devons avoir conscience de ces différences, en être fières et penser complémentarité. Et cette complémentarité entre hommes et femmes fait toute la richesse des équipes mixtes. J’ai toujours eu des femmes au sein de mes équipes et j’en ai promu. Mais il faut rester attentive à faire les bons choix, être une femme ne suffit évidemment pas !

En revanche, je pense qu’il ne faut surtout pas essayer de nous comporter comme des hommes. Personnellement, j’apprécie la courtoisie dont certains font preuve vis-à-vis des femmes, qui n’a rien à voir avec le sexisme. Mais dans un contexte où les relations entre les genres sont de plus en plus bridées, comme c’est le cas aux États-Unis, les hommes peuvent craindre les réactions de certaines femmes, ce qui conduit à un appauvrissement de la relation.

Vous êtes à la tête de France Energie Eolienne depuis décembre 2021, quelle est votre ambition à ce poste ?

J’entends contribuer à bâtir une vraie vision politique et sociale de long terme des énergies renouvelables, et plus largement de la transition énergétique, impliquant une transformation sociétale profonde. Nous faisons actuellement face à des enjeux majeurs en termes de sécurité d’approvisionnement, auxquels l’éolien peut apporter une contribution significative. L’éolien préserve le pouvoir d’achat des Français, et permet à l’État de faire des économies, ce dont Bercy commence à se rendre compte. Mais il y a un vrai sujet de permis de projets éoliens terrestre à débloquer, beaucoup de décisions de justice qui ne sont pas appliquées…Par ailleurs le repowering, qui permettrait de dé-densifier certaines régions tout en produisant plus (en remplaçant des éoliennes obsolètes par des turbines beaucoup plus puissantes, ndlr) est freiné par des contraintes administratives.

Sur l’éolien en mer, l’ambition affichée est forte, mais on a 10 ans de retard. Maintenant qu’un tiers des capacités industrielles européennes sont situées en France, il faut mettre en place les moyens nécessaires pour concrétiser cette ambition : des cadencements de 2 GW par an mais aussi un processus de concertation avec une planification claire et transparente par façade.

Question bonus : Comment informer les jeunes pour les orienter vers des métiers liés au développement durable et aux technologies d’avenir ?

Les énergies renouvelables sont déjà dans les programmes scolaires et c’est une excellente chose. Notre jeunesse a bien compris les enjeux qu’elle va avoir devant elle, et il est important d’avoir conscience qu’il y a des solutions.

D’ailleurs, nous organisons tous les ans autour du 15 juin des visites de parcs éolien, de façon à ce que chacun puisse s’approprier l’énergie du vent.

L’année prochaine, nous travaillons à la mise en œuvre de visites dédiées au public scolaire, axées autour de la pédagogie et de l’information sur l’éolien. Car voir c’est comprendre et toucher c’est appréhender la réalité. Nos jeunes sont avides de ces modes d’apprentissage qui permettent de se forger une opinion solide, basée sur l’idéal de la pédagogie : la théorie et l’expérience ».

Mise en ligne le 08/07/2022.

POINTS DE REPÈRE

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